Depuis la Conférence nationale des forces vives de 1990, le Bénin s’est distingué par une forte culture de participation politique et une compétition électorale intense. Mais, depuis 2016, les réformes engagées ont profondément modifié cette dynamique. Elles ont notamment réduit le nombre de candidats et renforcé les critères d’éligibilité.
Dans ce contexte, le dernier processus électoral s’est déroulé dans un climat relativement apaisé, loin des craintes initiales de tensions ou de crises politiques. Le ralliement progressif d’acteurs majeurs de l’opposition au candidat de la mouvance présidentielle, notamment autour du duo Romuald Wadagni – Mariam Chabi Talata, a fortement déséquilibré le rapport de force.
Nous avons recueilli l’analyse d’Augustin Responsable programmes Afrique de l’ouest basé au Bénin, entre lecture politique du scrutin, ressenti citoyen et attentes vis-à-vis du nouveau mandat.
Comment analysez-vous le déroulement et les résultats de ces élections ?
Le processus électoral s’est déroulé dans un climat relativement apaisé. Contrairement aux craintes initiales de tensions ou de crises politiques, le scrutin n’a pas été marqué par des violences ou des irrégularités majeures.
L’absence de véritable compétition électorale a contribué à cette situation. Les débats d’idées sont restés relativement apaisés, mais cette absence de compétition a aussi réduit l’intérêt et la mobilisation des électeurs. Elle traduit une certaine démobilisation citoyenne.
Au regard des suffrages exprimés et relayés par les réseaux sociaux, l’écart entre les deux duos candidats est très large. Il est nettement à l’avantage du duo porté par Romuald Wadagni.
Quel est le ressenti général des citoyens et de la société civile ?
Le ressenti des populations est globalement mitigé. Une partie des citoyens considère ces élections comme une réussite en termes de stabilité et de maturité politique. Pour eux, le déroulement apaisé du scrutin est un signe positif.
En revanche, une autre frange importante de la population exprime un désengagement croissant. Beaucoup estiment que les jeux politiques sont déjà décidés d’avance et que les acteurs finissent toujours par se rejoindre.
On observe également un recul de l’engagement citoyen, notamment en milieu rural, où la mobilisation électorale était historiquement forte. De plus en plus de citoyens préfèrent se concentrer sur leurs préoccupations quotidiennes plutôt que de participer au processus électoral.
Quels sont les espoirs et les attentes vis-à-vis du nouveau mandat ?
Les attentes restent élevées, notamment du côté de la société civile. Elles s’articulent autour de plusieurs priorités.
Il y a d’abord la poursuite des réformes structurelles engagées depuis 2016. Les citoyens attendent aussi un renforcement des investissements sociaux, en particulier pour réduire la pauvreté.
La jeunesse devra également être une priorité, notamment en matière d’éducation, d’emploi et de santé. Beaucoup attendent aussi un allègement de la pression fiscale, malgré les contraintes budgétaires.
Plus largement, les citoyens espèrent une gouvernance plus inclusive, davantage orientée vers le bien-être des populations.
Quels sont les principaux défis pour les mois à venir ?
Plusieurs défis majeurs se profilent pour le nouveau mandat.
Le premier concerne l’apaisement du climat politique, notamment à travers la gestion des situations des opposants en exil ou en détention. Le renouvellement et la recomposition de l’équipe gouvernementale constituent également un enjeu important, dans un contexte de ralliement politique élargi.
Il faudra aussi maintenir la dynamique de développement, avec la poursuite des grands chantiers en cours. Enfin, la réconciliation nationale et la restauration de la confiance citoyenne seront essentielles pour redynamiser la participation électorale.
En somme, le principal enjeu du nouveau mandat sera de concilier stabilité politique, inclusion démocratique et réponses concrètes aux attentes sociales.