Etude de la Coalition Education : "Relever les défis de l'éducation dans un Sahel en crise"

La Coalition Education a diffusé son Rapport d’étude le 17 avril 2019, lors de la conférence organisée à l’Agence Française de Développement et animée par Emmanuelle BASTIDE, journaliste à RFI. Etaient notamment présents le Rapporteur Spécial des Nations Unies sur le Droit à l’éducation, le Coordinateur du collectif pour le développement de l’éducation du Tchad, la Directrice des Partenariats de l’Agence Française de Développement, le Coordinateur de l’Alliance Sahel, le Secrétaire général du Syndicat national de l’éducation et de la culture du Mali, la Directrice adjointe du développement durable du Ministère de l’Europe et des Affaires étrangères et un représentant du Fonds Education Cannot Wait.

La rencontre s’est organisée autour de trois grands moments : la présentation des résultats de l’étude « Relever les défis de l’éducation dans un Sahel en crise », une table ronde visant à croiser les regards des différentes parties prenantes de l’éducation au Sahel et interroger les interfaces et nécessaires synergies entre ces acteurs et la présentation des recommandations de la Coalition Éducation en vue de renforcer la politique d’aide à l’éducation et le continuum humanitaire.

Voici quelques extraits du Rapport d’étude 2019 « Relever les défis de l’éducation dans un Sahel en crise » remis aux participants de la conférence :

Objectifs de l’étude

Les pays du Sahel connaissent des situations de crises chroniques et multidimensionnelles. Qu’elles soient institutionnelles, climatiques, sanitaires ou relatives à un conflit, ces crises affectent profondément les populations, qui se voient souvent contraintes de se déplacer ou de s’organiser afin de minimiser les conséquences sur leur quotidien d’une situation tendant à s’inscrire dans la durée.

L’éducation est un facteur essentiel de prévention des crises de reconstruction suite à une crise, ainsi que de stabilité sociale, économique et politique. Les OSC (organisations de la société civile) œuvrent pour le maintien et le renforcement de l’accès à l’éducation de qualité pour tous les enfants.

L’étude vise à identifier les pratiques considérées pertinentes et efficaces pour l’éducation en situations de crise et pouvant être appropriées et transférées par les OSC.

Critères de faisabilité et d’efficacité retenus pour les « bonnes pratiques » :

  • Disponibilité des ressources financières
  • Soutien des acteurs locaux
  • Existence des infrastructures nécessaires
  • Compréhension approfondie des situations de crise
  • Nombre suffisant et compétence du personnel

Critères d’efficacité de l’action des OSC :

  • Inclusivité, notamment sur la question de genre
  • Concentration sur le renforcement des capacités
  • Encouragement à l’implication des partenaires locaux
  • Harmonisation et synergie avec les actions existantes portées par les bailleurs différents et/ou la mise en pratique par les OSC différentes
  • Définition préalable et suffisamment spécifique des objectifs à atteindre et la capacité à mesurer le degré de réalisation de ces objectifs

États des lieux

La région du Sahel est importante pour la France de fait de ses liens historiques, politiques et économiques avec les pays qui la composent. Cette région est particulièrement vulnérable à cause de la présence de groupes terroristes et de l’effet déstabilisateur de la dérégulation climatique.

La conséquence du manque d’accès à l’éducation est particulièrement perverse. En effet, l’éducation est un levier puissant de la lutte contre la pauvreté et les inégalités en général. Elle est considérée comme un élément essentiel pour la réalisation des Objectifs du Développement Durable, au regard des multiples opportunités qu’elle offre aux populations. Les conflits et catastrophes renforcent les inégalités entre individus, communautés et régions, et aggravent les vulnérabilités.

Analyse transversale

L’étude révèle l’existence d’une concentration des activités de soutien à l’éducation en situations de crise sur les niveaux du primaire et du secondaire. La recherche d’une efficacité de l’action, susceptible de produire des résultats plus rapides et importants au niveau du primaire, est un élément d’explication de cette priorisation. Néanmoins, le manque d’action au niveau de la petite enfance et du supérieur est questionnant, et doit faire l’objet d’une attention particulière.

Bien que les OSC/ONG s’accordent sur l’importance d’un continuum éducatif, il est impossible pour une même organisation de travailler sur toute la chaîne éducative, depuis la petite enfance jusqu’au niveau de la formation professionnelle ou de l’enseignement supérieur. Pour pallier cette difficulté les acteurs de terrain se « partagent les tâches » et se spécialisent sur un maillon spécifique.

L’étude constate que les OSC prennent davantage en compte la multiplicité des modèles éducatifs, même si cela implique d’adapter leur mode de fonctionnement ou d’être plus flexibles sur les questions de laïcité.

Néanmoins, si elles prennent en compte les différentes formes et secteurs de l’éducation, le but des OSC est d’aider les enfants et jeunes à réintégrer le système éducatif formel- et la société de façon plus large.

En revanche, il existe quelques différences entre les ONG et les OSC en terme d’adaptation des projets aux situations de crise. Les OSC insistent sur une analyse de chaque situation et un ciblage de la population la plus vulnérable. Si les filles et femmes sont particulièrement visées et vulnérables en situations de crises, elles ne sont pas toujours les destinataires privilégiées de l’action des OSC. Développer et mettre en œuvre des actions plus inclusives fait partie des priorités des ONG et des bailleurs de fonds, qui soulignent la nécessité de prendre en compte cette approche sur le terrain.

(Auteurs du Rapport d’étude : Aurore Du Roy, Fabrice Henard, Julia Tran Thanh avec en appui Vanessa Martin d’Aide et Action et Michelle Olivier de Snuipp-FSU)