JUIL
2012
Visite guidée du Dispensaire Trottoir au Burkina Faso
Nous avons eu le plaisir d'accueillir Saly Héma, directrice du Dispensaire Trottoir, partenaire de Partage au Burkina Faso. Elle nous a parlé des enfants, des familles, de leurs conditions de vie et des actions mises en place pour les soutenir. Bienvenue en Afrique pour une visite guidée du Dispensaire Trottoir...
Situé au cœur de l'Afrique de l'Ouest, le Burkina Faso (anciennement Haute-Volta) est un pays de 15 millions d'habitants, enclavé entre le Mali, le Niger, le Bénin, le Togo, le Ghana et la Côte d'Ivoire.
Le voyageur est surpris par la verdoyance de la nature, qui tranche avec les paysages désertiques du Niger voisin, et le dynamisme de la population. Et ce d'autant plus à Bobo Dioulasso, la capitale économique et deuxième ville du pays, où intervient le Dispensaire Trottoir (DT), créé en 1993 et partenaire de Partage depuis 2004.

La seconde surprise est la découverte du centre du Dispensaire Trottoir : il est ombragé, propre et beau. "Ce n'est pas parce qu'on est pauvres, que l'on doit vivre dans le chaos" martèle Saly, qui a elle-même planté les arbres devenus majestueux. Tout aspire à la sérénité : de mignonnes classes de maternelle, une cour avec des balançoires et des jeux, plus loin un petit jardin botanique avec un petit potager, et un couple de tortues, récupéré et gardé par le centre, pour faire découvrir ces animaux aux enfants. Dans le jardin, des sièges avec une tablette dénotent. "Les enfants du quartier ne peuvent pas étudier chez eux, car ils n'ont pas l'électricité ! Alors pour nos bénéficiaires devenus grands et tous les grands du quartier, nous laissons ces tables à disposition avec de la lumière pendant la soirée. Nous avons mis un grand tableau noir afin qu'ils puissent faire leurs exercices. On ne se rend jamais assez compte comme il est difficile pour les enfants d'ici d'étudier et combien ils sont courageux." explique Saly.
Trois poulaillers sont là en plein air : "la vente des œufs est une activité génératrice de revenus pour les familles. Cela permet également de nourrir les enfants du centre". Comme les bassins de spiruline, dont la production permet un apport protéiné pour les enfants, la viande étant hors de prix. Et ce n'est pas rien d'avoir chaque jour 350 enfants à nourrir. Rosalie, la cuisinière miraculeuse, sait tous les jours changer le goût du riz avec trois fois rien. Les enfants se régalent et avec la collation du matin rentrent chez eux le ventre suffisamment plein pour tenir jusqu'au lendemain, si jamais il n'y avait rien à manger à la maison...

Plus loin, on voit le bâtiment blanc du centre de santé : "on ne peut parler d'éducation en Afrique, sans parler de la santé. Le sida est une pandémie ici qu'il nous faut traiter ! Les soins de base pour les jeunes enfants et leurs mères sont bien trop chers pour les familles du quartier. Alors nous avons deux infirmiers qui font des consultations, un médecin qui vient bénévolement un jour par semaine, et depuis janvier une sage-femme qui suit les grossesses et pratique les accouchements au centre. Nous sommes heureux d'avoir une trentaine de bébés DT. Bien sûr la sage-femme et l'équipe médicale suivent la maman et le bébé" s'enthousiasme Saly.
En face du centre de santé, au milieu de la cour arrière, Rosalie et ses aides préparent le repas. Les enfants s'assoient sur des nattes à côté de leur salle de classe, sous l'œil attentif et bienveillant de leur maîtresse et de jeunes volontaires. D'abord, on se lave les mains, puis on va s'asseoir sagement en rang. Des élèves distribuent les plats aux autres et le rituel d'un chant de "bon appétit" débute alors. Après tous mangent en silence, dans le calme, puis rapportent leurs assiettes vides et boivent de l'eau. Une fois repu, c'est l'heure où les parents viennent chercher leur enfant.
Le bâtiment principal est une grande bâtisse rectangulaire, avec un préau au centre. Là se trouve l'atelier de formation professionnelle de couture pour les jeunes sortis du système scolaire. "Maître Fatou" apprend comment faire un patron, coudre, faire tous les vêtements usuels, la broderie pour les habits de fête et plus surprenant, le tricot afin de préparer des layettes pour les bébés du DT.

Une classe est réservée au soutien scolaire. En effet, une fois la maternelle effectuée, les enfants vont dans les écoles primaires et secondaires des alentours. Certaines sont publiques, avec une moyenne de 100 enfants par classe. C'est un choc pour nos yeux d'Européens de découvrir ces classes bondées. "Comment voulez-vous que les enfants apprennent dans ces conditions ? Imaginez des enfants qui n'ont pas eu la chance d'aller en maternelle et qui doivent apprendre à lire, écrire, compter en français, dans une langue totalement inconnue et que personne ne parle autour d'eux !" s'insurge Saly.
D'autres écoles sont privées, et on le reconnaît au nombre moindre d'élèves (entre 40 et 50 quand même). Le DT suit certains de ses bénéficiaires de maternelle et prend en charge la scolarité. Les assistantes sociales font des visites très régulières auprès des professeurs afin de s'assurer que l'enfant suit bien. L'enfant bénéficie d'un suivi médical et sa famille d'un soutien.
Et c'est ainsi que le DT soutient 796 enfants scolarisés.
Les familles sont visitées l'après-midi par les assistantes sociales. Il s'agit là de prendre des nouvelles d'une maman atteinte du HIV, ou de voir si la toute petite parcelle de terrain a suffisamment produit pour nourrir la famille, ou encore de passer un moment avec ce papa veuf qui élève seul ses jumeaux alors qu'il a perdu son travail. Ces gens sont parmi les plus pauvres de la planète et pourtant on ne peut qu'être frappé par leur courage, leur ténacité, leur attention portée à leurs enfants et surtout leur dignité.

Pour nourrir les enfants à moindre coût, le DT dispose d'un champ, mis à sa disposition en dehors de la ville. Là sont cultivés le maïs et le riz principalement. Il y a quelques têtes de bétail (moutons, zébus). C'est toujours la fête au moment de la récolte et les grands du centre viennent donner un coup de main. A force d'efforts, le champ assure pour la première fois 6 mois d'autosuffisance alimentaire pour le DT.
On sort ébahis de cette énergie de chaque instant concentrée dans un seul but : donner leur chance aux enfants les plus défavorisés. Quel magnifique travail et quels magnifiques résultats, notamment quand on croise en ville un bénéficiaire, ancien enfant des rues devenu un adulte autonome. Et on se dit : oui, nous pouvons changer les choses....
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