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18
JUIN
2012

Interview de Christian Renoux, Président de la Coordination pour l’éducation à la non-violence et à la paix

 


Selon une enquête de victimation d’Eric Debarbieux, président de l’Observatoire internationale de la violence à l’école, parue en 2011, qui fait apparaître l’importance des problèmes de violences à l’école, 10% des enfants sont, à un moment ou à un autre, victimes de harcèlement. Et pour pouvoir les protéger, il faut impérativement travailler avec les 90 autres pourcents. Ces dernières années, un nouveau phénomène est apparu, en raison notamment du développement des nouvelles technologies et des réseaux sociaux : la violence franchit désormais les portes du foyer des enfants, jusque-là seul refuge pour ces victimes. 

Alors, pour mettre un terme à ces violences, il est impératif, dans un premier temps, d’effectuer un travail de prévention dans les écoles afin d’apprendre aux enfants le respect d’autrui et l’acceptation des différences et, dans un second temps, de travailler avec les enfants harceleurs, qui bien souvent sont eux-mêmes en souffrance. 

La plupart du temps, les enfants harceleurs sont en situation d’échec ou bien révèlent une très faible confiance en eux. C’est une des raisons pour lesquelles, dans de nombreux cas, on peut constater que l’enfant harcelé est un bon élève, voire le 1er de classe. Ainsi, il est important que l’enfant harceleur comprenne les raisons du mal-être qui le poussent à agir violemment envers ses camarades de classe afin de comprendre son comportement et d’avoir la chance de pouvoir en changer.

Afin que ce travail auprès des enfants puisse être réalisé, la Coordination pour l’Education à la non-violence et la paix, partenaire de Partage en France, a été porteuse d’une proposition de loi, intitulée « Education à la résolution non violente des conflits ». Cette proposition est née d’une réflexion selon laquelle seul un travail sur les relations entre les différents acteurs des établissements scolaires (enfants et adultes) et sur le « vivre ensemble » permettrait une véritable évolution de la gestion des conflits dans les établissements. Pour cela, ce travail ne doit pas se faire au détour de quelques minutes volées dans des matières déjà bien chargées, mais doit faire partie intégrante du programme des élèves. Ainsi, la Coordination a fait une recommandation au ministère de l’Education pour qu'une heure soit consacrée au vivre-ensemble, au travail sur les comportements et soit introduite dans les programmes scolaires. 

La proposition préconise aussi que l'interdiction de la violence soit inscrite dans les règlements intérieurs des établissements, pour les enfants et pour les adultes, et qu'une formation en continu du personnel éducatif à « l’éducation à la résolution non violente des conflits » soit intégrée. Le chemin d’une proposition de loi est long et parfois semé d’embuches, mais aucun changement ne pourra intervenir sans une loi. En effet, de nombreux établissements scolaires proposent aujourd’hui des thématiques de réflexion sur la non-violence et sur la paix et des actions concrètes sont déjà mises en pratique pour réduire les violences constatées dans leurs classes ou dans leurs cours de récréation. Mais ces solutions, si essentielles soient elles, restent provisoires et fragiles car elles doivent souvent leur mise en place à la bonne volonté du chef d’établissement qui peut à tout moment changer d’établissement. C’est pourquoi, la Coordination préconise également la création d’un institut de recherche sur l’éducation à la non-violence et à la résolution des conflits, afin de capitaliser et de partager toutes ces pratiques concrètes déjà mises en œuvre. 

En parallèle, la Coordination a publié un livre intitulé « 10 questions-réponses pour éduquer à la non-violence », adressé à un très large public et qui répond à toutes les questions que l’on peut se poser sur l’éducation. 

La Coordination a permis, ces dix dernières années, de faire connaître l’éducation à la non-violence et son importance auprès des plus hautes instances. Elle a permis également de mettre en exergue qu’un certain nombre d’établissements ont pris conscience du problème et ont déjà mis en place des solutions pour diminuer la violence dans leur école, en attendant que la loi instaure un socle solide qui les accompagnerait dans leurs actions. La Coordination a surtout permis une prise de conscience générale sur ces problématiques. C’est un grand pas accompli. Aujourd’hui, le chemin à parcourir reste encore long, mais la Coordination continue son combat collectif pour éradiquer la violence dans les écoles.

 

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