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A
la recontre de nos filleules.

Guy
et Maguy LOUYOT
Strasbourg,
le 12 mai 2003
Partis
de Strasbourg le 24 janvier 2003 à l'aube pour
MADRAS (CHENAI), via Francfort et après avoir
visité Pondichery, les principaux temples du
Tamil Nadu, puis les « cardamom Hills »
qui bordent le Kérala à l'Est en abritant
des réserves animales et où fleurissent
de superbes plantations de thé et d'épices,
nous sommes redescendus sur Kottayam, où nous
sommes arrivés le lundi 3 février au soir.
C'est
dans cette ville, classée parmi les citées
indiennes de 100 000 à 500 000 habitants, siège
de l'évêché de Vijayapuram, qu'est
implanté le V.S.S.S (Vijayapuram Social Service
Society), partenaire de Partage, que dirige depuis 1
an et demi le Père Francis NEDUMPARAMBIL-(rencontré
à Paris le 27 octobre 2001). Informé par
Compiègne de notre venue, à la rencontre
de nos filleules, le Père est venu lui-même
nous chercher,
le
mardi 4 février matin à l'hôtel
« Andjali » que nous avions
choisi en raison de sa situation en plein centre ville.
Nous nous rendons alors ensemble dans les tout nouveaux
bureaux de VSSS, inaugurés moins d'une semaine
auparavant, le 30 janvier 2003 que nous sommes certainement
les premiers visiteurs étrangers à découvrir.
Insouciants,
nous admirons la cour fleurie, montons quelques marches
vers le hall d'entrée, puis tournons à
droite... pour nous trouver subitement face à
face avec notre filleule de 14 ans, ANCYMOL T. LAYON,
son frère plus âgé et sa maman,
encadrés de l'animatrice de son village en sari
bleu fleuri et du responsable laïc de VSSS ;
également nommé Francis. Le choc émotionnel
est intense devant ces 5 personnes alignées,
parées de leurs plus beaux habits, et après
quelques secondes d'hésitation de part et d'autre,
nous nous étreignons tous, les yeux brillants
de larmes de surprise et de joie profonde. Ensemble
nous pénétrons ensuite pour nous asseoir
dans le bureau du Père Francis, lequel traduit
de l'anglais en malayalam et vice-versa nos quelques
phrases d'accueil mutuel. Ancymol est tout particulièrement
frappée de nous voir sortir de notre sacoche
les photos et dernières lettres écrites
par elle que nous avions pris soin d'apporter avec nous ;
son sourire traduit son bonheur de constater que ce
qui nous vient d'elle compte beaucoup. Et notre premier
échange se conclut par une séance de photos
et par une invitation de la famille à venir chez
elle, le lendemain en fin d'après-midi, dans
leur village, distant de Kottayam d'environ 15 km.
Une
demi-heure plus tard, au même endroit, a lieu
notre rencontre avec Thresia Vettikkatil-sinimol, qui
fut notre première filleule, et son papa. Aujourd'hui
âgée de 25 ans, elle travaille dans une
plantation au nord du Kérala, distante de 150
km : informée par VSSS de notre venue, elle
a tenu à faire le déplacement et pour
cela elle a dû manquer plusieurs jours de travail,
que nous nous efforçons de compenser : avant
son retour dans sa famille, auprès de sa mère
malade et de sa jeune sour affectée de problèmes
cardiaques, nous la reverrons avec son père à
notre hôtel. Ces deux rendez-vous successifs nous
font arriver avec quelques minutes de retard à
l'évêché où, avec le Père
Francis, nous sommes conviés à la table
communautaire de Monseigneur, en compagnie d'une demi-douzaine
de prêtres indiens.
Pour
clore cette mémorable journée et toujours
sous la houlette du Père Francis, nous visitons
un atelier de confection tenu par une communauté
de religieuses et employant plusieurs dizaines de femmes
qui réalisent de magnifiques saris de fête,
ornés de broderies. Ayant demandé au Père
Francis d'assister à la messe qu'il doit célébrer
au matin du mercredi 4 février, il vient nous
quérir à l'hôtel dès 06h15
pour rejoindre le centre de formation des religieuses
d'un ordre marial, où l'office se déroule
entièrement en malayalam. Nous prenons ensuite
le traditionnel thé du petit déjeuner
sous les regard amusés d'une bonne vingtaine
de sours, novices et postulantes qui veulent savoir
qui nous sommes (what's your nem ?), entonnent
un cantique et nous réclament un chant religieux
en français, vou auquel nous parvenons heureusement,
en notre qualité de choristes à répondre.
Quant aux quelques mots de remerciement et d'au revoir
que nous prononçons dans la langue locale (grâce
au guide du routard), ils font beaucoup rire toute la
communauté et semblent faire plaisir.
A la sortie de cette petite cérémonie,
nous sommes invités à découvrir
la cathédrale de Kottayam, vaste et lumineuse,
conçue et réalisée par un ancien
évêque espagnol du diocèse. L'édifice
surprend, du fait que l'Inde compte peu de chrétiens
(2.5% de sa population) en dehors, bien sûr, du
Kérala où ils sont environ 25 millions,
soit la moitié des habitants de cet Etat. Le
grand événement de cette journée
se place dans l'après-midi après la sieste :
à 16h45, comme convenu, nous nous rendons avec
le Père Francis au village d'Ancymol. En lien
avec l'évêché, le VSSS assure la
formation d'animatrices bénévoles qui
sont maintenant présentes dans 87 villages, et
celle, responsable de ce secteur et que nous avons déjà
rencontrée la veille, est là pour nous
accueillir et nous accompagner : depuis la route
nous gravissons dans un paysage forestier une forte
pente entrecoupée d'étroites terrasses
sur lesquelles sont implantées les habitations,
simples cabanes aux murs de planches et aux toits de
vieilles tôles déformées qui ne
disposent à l'intérieur que d'une à
deux cloisons délimitant des pièces à
usage spécifique. La maison d'Ancymol est située
au 3 ème niveau et ce sont de grosses pierres
fichées dans le talus qui servent de marches
d'escalier, ce qui laisse augurer de réelles
difficultés durant la longue période des
fortes et abondantes plues de mousson. Tout le voisinage
est rassemblé autour de la famille mais seuls
les parents et invités pénètrent
dans l'étroite maison, où nous sont servis
du lait de coco (à boire directement dans la
noix avec une paille) puis un cake rond, qu'il nous
faut solennellement découper de nos deux mains
droites réunies et quelques bananes et chips,
notamment de « Jacques » (fruit
local). L'émotion gagne à nouveau chacun,
lorsque notre filleule fait valoir ses talents de chanteuse,
montre fièrement les petites coupes gagnées
lors des concours organisés par l'école
ou son Balavedi, et que nous procédons de part
et d'autre à la remise des cadeaux symbolisant
notre attachement mutuel. En permettant de garder trace
de ces moments exceptionnels de communication, que nos
différences de langages rendent souvent muets,
la longue séance de photos qui se déroule
ensuite sur le pas de la porte est l'occasion pour nous
de constituer pour cette communauté familiale
kèralaise le bel album souvenir qu'elle ne pourrait
s'offrir. Le lendemain 5 février est consacré
à un déplacement de quelques 300 km pour
découvrir la région montagneuse de MUNNAR
(1600m d'altitude). Le Père Francis ayant un
gros travail à fournir et une session à
animer le week-end suivant, il nous a confié
sa voiture et son chauffeur Thomas, et délégué
« Monsieur Francis » son bras
droit, pour nous accompagner. MUNNAR, qui veut dire
« trois rivières » est
une ville comportant plusieurs collines, dont les trois
principales sont couronnées d'édifices
de religions différentes : une mosquée,
un temple hindou et une église catholique ce
qui symbolise fort joliment l'esprit de tolérance
et du respect des croyances propre à la partie
sud du continent indien et qui, grâce au ciel,
demeure. Accueillis à l'heure de midi, à
la table du curé de la paroisse (laquelle fût
celle du Père Francis), nous avons au préalable
admiré le paysage accidenté et couvert
de plantations de thé depuis le point de vue
nommé POTMAMEDU et dans l'après-midi sommes
allés jusqu'au lac de retenue du barrage de MATTUPETTY,
situé à 1700 mètres qui dispose
d'une plage célèbre pour l'écho
que l'on peut y entendre. Vu la distance à parcourir
pour rentrer, nous sommes redescendus vers Kottayam
dès 16 heures, mais pour n'arriver qu'après
20 heures, la moyenne automobile sur les routes indiennes
étant d'environ 35 km à l'heure !
(50 km par le train). Le vendredi 7 février,
vers 8h du matin, le Père Francis a tenu à
se rendre à notre hôtel pour nous saluer
avant notre départ pour Cochin, par la lagune
et les « backwaters » . Dans ce
grand port ouvert sur la mer, nous croiserons à
bâbord un autre bateau, promenant toute la communauté
des religieuses, des couturières et des brodeuses
que nous avions visitée deux jours auparavant,
à Kottayam ! Nous échangeâmes,
de bord à bord, de grands signes d'amitié
et d'au revoir. En terminant ce récit, nous voulons
témoigner de notre admiration pour le peuple
indien qui, malgré sa vie difficile et souvent
précaire, garde une très grande dignité
(que souligne l'élégance raffinée
de ses femmes en sari), pratique la merveilleuse vertu
du sourire permanent, et fait preuve d'une disponibilité
sans faille à l'égard de ses hôtes :
il importe à nous autres, gens pressés
et souvent peu amènes, de retenir cette image
et de la méditer car son message est celui d'un
exemple à suivre.
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