Témoignage de Marie-Viviane, stagiaire à Renaître Roumanie pendant un an

Lorsque j’ai embarqué dans l’avion, jamais je n’aurai imaginé ce qui m’attendait. Tout simplement parce que je n’avais aucune idée de ce que j’allais trouver. Bien sûr, pléthore d’images et autres stéréotypes hauts en couleur sont véhiculés sur la Roumanie. Mais la réalité est bien différente.


En Roumanie, les Roms que j’ai croisés s’entassent dans des taudis. Ils ont abandonné les éléments vestimentaires caractéristiques du folklore rom. Pourtant, aux premières notes d’un accordéon ou d’un violon, ils retrouvent toute la nostalgie d’un passé révolu.
Les siècles d’esclavage, la déportation et les politiques d’assimilation pendant le régime de Ceausescu ont mis à mal leur culture. Aujourd’hui, les populations sont égarées, elles ont perdu leurs valeurs, elles sont contraintes à l’isolement dans un pays où elles n’ont plus de place.

Les Roms cristallisent toutes les peurs, justifiées ou mystifiées, rattachées aux communautés marginales. Le seul point commun des Roms en Roumanie est bien leur marginalisation :

-marginalisation géographique : leurs habitations sont souvent situées dans les quartiers périphériques des villes là où les services publics sont inexistants ;

-marginalisation économique et sociale : près de 80% des Roms sont sans emploi - l’espérance de vie est de 10 à 15 ans inférieure à celle des roumains ;

-marginalisation scolaire : de nombreux enfants roms ne sont pas acceptés dans les écoles parce que considérés d’office en situation d’échec scolaire.
L’Association Renaître Romania a pour objectif de venir en aide aux populations roms des villes d’Orastie et plus récemment de Geoagiu (à l'Ouest de la Roumanie).

Au cours de mes neuf mois passés à Orastie, j’ai pu prendre conscience du formidable travail mené par l’équipe de Renaître. Un centre de jour accueille les enfants de maternelle et les petits scolaires qui suivent des activités menées par des éducatrices. Les parents peuvent bénéficier de conseils sociaux, juridiques ou encore de consultations médicales gratuites.

Dès mes premiers jours, les enfants se sont rapprochés de moi sans doute un peu intrigués par le fait que je ne comprenne pas ce qu’ils me disaient. La langue roumaine m’était en effet totalement inconnue. Rapidement les plus grands ont commencé à me reformuler les paroles des plus petits pour que je puisse mieux en saisir le sens.
Au fur et à mesure de mes progrès en roumain, j’ai pu de plus en plus participer au quotidien des enfants, à leurs joies, à leurs peines, à leurs gros chagrins et leurs éclats de rire. Les animatrices m’ont mise à contribution pour créer de nouvelles activités, pour assurer le soutien scolaire en mathématiques notamment. Un de mes meilleurs souvenirs est d’avoir pu leur apprendre à jouer au loto ! En plus d’être une manière ludique de leur apprendre à manier les chiffres, ça a été pour moi un moyen d’échanger des moments de complicité avec eux.

Avec d’autres enfants, le contact a été moins facile. Confrontés à des situations familiales extrêmement difficiles et des douleurs intérieures démesurées pour leurs vies d’enfants, certains ont creusé des tranchées autour d’eux qu’il m’a été parfois difficile à franchir.  Je me souviens d’un petit garçon dont les yeux me regardaient si intensément que j’en venais à détourner les yeux. Quatre ans et déjà adulte, si fort, si fragile.

Au sein de l’association, j’avais deux types de missions : le matin, je secondais les éducatrices dans leur travail auprès des enfants.
L’après midi, je remplissais toutes sortes de mission en rapport avec la gestion administrative de l’association : j’ai participé à la rédaction des circulaires adressées aux parrains, à des demandes de financement…


Vivre en Roumanie a aussi été une expérience à part entière. Pourtant les paysages roumains ne sont pas vraiment différents de ceux que l’on peut trouver en France. Le Nord ressemble beaucoup aux Alpes, le Centre et le Sud à la « France profonde », celle des grandes plaines plates et cultivées.

Le véritable dépaysement, je l’ai trouvé dans les rencontres que j’ai faites. La grande variété de peuples, de visages, d’origines fait l’originalité de ce pays. Au cours de mon séjour, j’ai fait la connaissance de Roumains et de Roms mais aussi de Slaves (Ukrainiens, Serbes, Bulgares, Russes), d’Hongrois et d’Allemands.
 
Une constante dans toutes mes rencontres : les Roumains que j’ai rencontrés portent encore profondément ancrés en eux les stigmates et les traumatismes du communisme. Pour preuve, le mot « communisme » et tout le vocabulaire relatif à cette époque, tel « camarade », sont tabous.  Comme par peur de la délation, beaucoup de Roumains n’osent que très peu parler des difficultés auxquelles ils font face ou encore de l’opinion qu’ils ont de la politique de leur pays. Toutefois, devant mes questions, ma curiosité et sans doute ma naïveté, mes plus proches connaissances m’ont décrit avec patience quelle était leur vie pendant l’époque communiste : la délation, les réunions du Parti auxquelles il fallait assister, les deux heures de télévision d’Etat par jour, la volonté du dictateur de faire disparaître les villages au profit des villes, le culte de la personnalité, la manipulation mentale, le marché noir et le manque de produits alimentaires, l’électricité coupée à 10h du soir et le froid des appartements ouvriers, la solidarité entre les villes et les campagnes, l’ordre et la discipline tranchant avec les attitudes « déviantes » d’aujourd’hui, la « Révolution » et les espoirs qu’elle a générés, la déception voire la nostalgie qui en découle.

Au sein de Renaître, je crois avoir trouvé ce que j’étais venue chercher : en apprendre plus sur le monde de l’humanitaire et la possibilité d’être utile à des populations dont les besoins sont criants. Mais je repars avec une découverte, un coup de cœur que je n’avais pas anticipé et qui m’a saisit dès mon retour en France : les Roms.

Peuple sans terre, les Roms n’ont pas été, comme d’autres communautés, des bâtisseurs de sites, de cités ou de monuments. La culture et l’identité rom apparaissent à travers d’autres éléments : la langue romani, le partage de règles de vie, la conscience d’appartenance à une communauté se définissant par opposition à ceux qui ne lui appartiennent pas, une philosophie particulière de l’existence…
Cette communauté mérite véritablement que l’on dépasse les préjugés et que l’on reconnaisse enfin leurs souffrances passées, leur existence et leurs droits.

Pendant ces neuf mois, j’ai rencontré des personnes formidables et que la distance ne me fera pas oublier : Monica, Nicu, Nuta…
Je voudrais remercier l’ensemble du personnel de Renaître de m’avoir  si gentiment et simplement accueillie dans son association. Je voudrais témoigner de toute l’admiration que j’éprouve pour eux. Eux, qui gardent toujours à l’esprit que malgré les différences séparant les Roumains du monde rom et la difficulté de travailler avec cette communauté, tous les enfants ont droit à un avenir.
 
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