J’ai donc continué à me former en 5ème, une fois par semaine, pendant mes heures de permanence. Je suis devenu moi-même formateur en 3ème. On discute beaucoup pour essayer de comprendre, de réfléchir. Cela permet aussi de se remettre en question. La médiation, c’est ça : on apprend plein de choses sur soi et sur les autres, sur la vie de tous les jours : pourquoi il est méchant avec moi, alors que j’ai l’impression de n’avoir rien fait, par exemple. Faire attention à l’autre, c’est une sacrée ouverture d’esprit, car il faut intégrer que ce n’est pas forcément notre vision qui est la meilleure. Il se peut qu’il y en ait plusieurs et qu’elles soient toutes bonnes… La vraie leçon que rappelle la médiation est que chacun est important pour la société. Imaginez un clavier d’ordinateur à qui il manquerait les lettres « e » ou « a ». On pourrait toujours écrire un texte mais il serait incompréhensible.
Le plus dur quand on est élève médiateur, c’est le regard des autres, des grands. Après, c’est essayer de l’assumer : on n’a pas le droit au moindre faux pas, on devient une sorte de modèle pour les autres. Heureusement qu’on fonctionne toujours en binôme. C’est plus rassurant. On ne fait de la médiation que pour des élèves de notre âge ou plus jeunes. Jamais pour des plus grands. Au début, il y a beaucoup de moqueries. C’était dur, car nous étions assimilés à des « fayots », à des adjoints des profs. On a mis longtemps à leur faire comprendre que nous étions des élèves et que, du coup, la médiation reste justement entre les élèves. Finalement, ils ont pris l’habitude de venir le mardi soir à notre permanence nous parler de leurs conflits. Ça marche le plus souvent, mais des fois, cela ne prend pas. On ne se décourage pas pour autant. Maintenant je suis au lycée et j’essaie d’y faire de la médiation. Parfois, les établissements scolaires ne veulent pas en faire. Mais j’ai bon espoir pour cette rentrée.
Septembre 2006