Après le passage des ouragans en Haïti, Obed Jean-Baptiste, responsable de Prodeva (l’un de nos partenaires) dresse un premier bilan de la situation sur l’île.
"Suite au passage des cyclones Gustav, Hanna et Ike, Haïti et en particulier la région des Gonaïves, connait encore à cette date une situation de grande détresse. La catastrophe dépasse en intensité et en étendue ce que cette même région avait connu en 2004, suite au passage du cyclone Jeanne. Selon les dernières estimations, les pertes en vies humaines sont heureusement moins élevées, mais la population survivante majoritairement sinistrée, est toujours, au moment où nous écrivons ces lignes, littéralement embourbée et incapable de se déplacer, privée d’eau potable, de vêtements et de nourriture.
Les routes ont été coupées par la furie des eaux qui a provoqué l’effondrement des principaux ponts de la région. Des éboulements monstres et répétés sur la route nationale ont achevé d’isoler les villes et villages les uns des autres. Assurer l’approvisionnement en produits consommables ne peut se faire que par les airs, tâche que les quelques hélicoptères de la Mission des Nations Unies ne remplissent que de manière nettement insuffisante. Il faut donc en priorité rendre à nouveau accessible la région en déblayant les routes et improviser des passages à gué sur les ponts écroulés : c’est à cela que s’appliquent les autorités sur plusieurs points de passage tels le pont de Montrouis ou celui d’Ennery. En attendant, nous avons demandé à l’un des responsables de programmes de Prodeva de convoyer de l’eau potable en vrac sur l’un des pick-up, à la disposition de la population des Gonaïves.
Les pertes en vies humaines enregistrées à Ennery s’élèvent à 7 personnes, dont aucune dans le bourg, qui est plus protégé. Les effets économiques par contre sont très importants avec des pertes de moyens de production, notamment le bétail et les champs.
Etat des infrastructures scolaires de Prodeva
Sur les sept bâtiments scolaires, trois ont subi de graves dommages. A l’école de Mercredi, la toiture de l’un des 3 bâtiments est endommagée et doit être refaite. Les vents ont arraché des tôles et un bâtiment servant de salle de cours s’est effondré. Les toitures des écoles de Puilboreau et de Kawen ont été emportées par le vent. Ces trois écoles ne sont pas en état de fonctionner.
Personnel du programme scolaire
Un fort pourcentage du personnel habite aux Gonaïves. Certains ont tout perdu. A ce jour nous avons dressé une liste de 47 y compris le responsable du programme scolaire.
Accessibilité des écoles du programme
Comme les routes sont coupées, la circulation est devenue extrêmement difficile. D’abord de Gonaïves à Passerennes, il faut traverser à pieds en divers points. Mais entre Passerennes et Ennery, la route est sectionnée sur plusieurs centaines de mètres. Le passage n’est possible que par les sentiers des montagnes. Quand à la piste allant vers les écoles de Savane Carrée et de Camathe, elle est inaccessible.
Au niveau de Puilboreau, l’une des sections communales d’Ennery, la route est obstruée par endroits, soit par l’éboulement des grosses pierres rendant l’accès vraiment difficile ou par la conduite d’eau des ravines qui abîme la route.
Il faut toutefois noter que les travaux de conservation et de protection de sols réalisés par Prodeva réduisent considérablement la force de l’eau. Là où sont érigés ces seuils, on constate moins de dégâts.
L’accès au centre du bourg était vraiment impossible les premiers jours après le passage des ouragans ; le lit principal de la rivière d’Ennery s’était élargi et l’eau inondait pratiquement toutes les plantations de bananes, de haricots et de maïs.
Les dégâts enregistrés à Angoma sont moindres. Néanmoins, le terrain de foot et la cour du Centre d’Education Communautaire (CEC) ont été envahis par la rivière.
L’eau potable à Ennery
Les ouragans ont presque ravagé les deux captages qui alimentaient la ville d’Ennery. L’un des deux a été complètement détruit et pour ce qui est du deuxième, la source a été gravement touchée et la citerne est remplie de sédiments. Qui plus est, les tuyaux ont été emportés par l’eau et d’autres sévèrement endommagés.
Le situation du secteur agricole
La sylviculture (culture des forêts) a subi des dommages énormes, les vents violents et les fortes pluies ont été dévastateurs dans la commune d’Ennery et ses environs. De nombreux arbres ont été arrachés.
En ce qui concerne le secteur agricole, les systèmes d’irrigation qui alimentaient des centaines d’hectares sont pour la plupart détruits ou fortement endommagés.
L’ensemble des plantations est touchée et les pertes sont énormes. Les vents violents qui ont accompagné les fortes pluies ont ravagé plus de 50 hectares de bananiers et elles ont emporté également sur leur passage des têtes de bétail : bovins, caprins, porcins, équidés, bon nombre de volailles.
La situation alimentaire d’Ennery étant déjà précaire, les ouragans Hanna et Ike n’ont fait que l’empirer.
Aujourd’hui, les urgences sont de fournir à la communauté des produits de première nécessité (aliments, eau potable, vêtements et médicaments), de réparer le système d’eau potable et de déblayer les tronçons de route. Dans ce contexte, nous essayons toujours d'avoir des nouvelles des enfants. Nous vous les transmettrons dès que nous en aurons."