Lessivée, noyée, recouverte de boue, Haïti est en état de choc. Ces trois dernières semaines, elle a subi des intempéries à répétition. Après la tempête tropicale Fay et le cyclone Gustav, le passage de l’ouragan Hanna a provoqué de fortes inondations, en particulier aux Gonaïves, ville de 300 000 habitants, située au nord de Port-au-Prince.
L’île connaît une situation humanitaire catastrophique alors qu’elle était déjà très affaiblie par la crise alimentaire due à l’augmentation incessante du prix des denrées alimentaires. Seuls les toits des maisons émergent des rivières de boue privant d’abri, de nourriture et d’eau potable les Haïtiens qui vivaient déjà dans une extrême précarité. 70 % de la population vit au dessous du seuil de pauvreté.
Le bilan est lourd : on l’estime à plus de 500 victimes et 600 000 sinistrés.
Dans ce contexte, il nous est très difficile de contacter nos partenaires sur place. Ils essaient d’avoir des nouvelles des enfants mais la tâche est quasi impossible dans le chaos actuel. Il y a une semaine, Obed Jean-Baptiste, directeur de l’association Prodeva, disait avoir « reçu des nouvelles alarmantes annonçant l'inondation des Gonaïves à un niveau jamais atteint auparavant même par le cyclone Jeanne en 2004. Le Centre d’éducation communautaire [où Prodeva organise des activités pour les enfants ainsi que des formations] est complètement inondé jusqu'aux dortoirs ».
Depuis, Obed Jean-Baptiste a tenté d'obtenir plus d’informations. Nous avons reçu d’autres nouvelles aujourd’hui, mardi 9 septembre. Selon lui, les dommages subis sont énormes. Le personnel de Prodeva est sain et sauf, bien que certains salariés aient perdu leur maison. Il ajoute : « L’accès aux Gonaïves est problématique. Il est par ailleurs très difficile pour l’instant de joindre Ennery, même à pied, notamment en raison d’énormes éboulements sur plusieurs segments. Le ministère de l'éducation a reporté l'ouverture des classes pour le 6 octobre. Je reste en contact avec ceux qui sont sur place pour collecter de plus amples informations ».
Notre deuxième partenaire, l’ACDED, qui se trouve au sud-est d’Haïti, rapporte lui aussi de nombreux dégâts. Cantave Saint-Louis, directeur de l’association, fait le point de la situation concernant tout d’abord l’équipe de l’ACDED : «
Cela fait exactement 15 jours que nous sommes privés d'électricité, alors que notre groupe électrogène est tombé en panne. Nous avons pu emprunter un petit groupe de 1 kW qui nous permet de faire fonctionner le minimum de matériel.
La situation est catastrophique. Heureusement, il n’y a pas eu de morts parmi les membres de l’équipe, bien que certains d’entre eux aient vu leur maison inondée ou endommagée.
Un arbre est tombé sur la face nord du dortoir de centre de formation, cassant près de 25 m2 de tuiles, alors qu'il y avait des stagiaires en formation. Personne n'a été blessé. La salle informatique et celle où sont entreposés les fournitures et les livres ont été inondées ».
De nombreuses maisons et toutes les cultures ont elles aussi été complètement détruites. «
Les rafales de vent accompagnant Gustav ont balayé toutes les plantations de bananes et cassé un nombre considérable d'avocatiers. Des fruitiers qui constituaient la principale source d'alimentation de la population. Les champs qui venaient d'être ensemencés avec du haricot et du maïs ont été complètement lessivés.
Plusieurs maisons ont été emportées ou endommagées. Les routes menant à Marigot et à Cap Rouge ont été coupées. Ces zones sont toujours inaccessibles en véhicule. Pour se rendre à pied, il faut en certains endroits longer le rivage », poursuit Cantave Saint-Louis. D’où la grande difficulté pour obtenir des nouvelles des enfants.
« Les dommages ont empiré avec le passage Hanna. Nous avons eu encore des pluies avec Ike. Maintenant la pluie est devenue une vraie psychose. Dès les premières gouttes, les gens commencent à courir. Soit pour regagner leurs maisons, soit pour les abandonner pour se rendre dans les abris. Nous essayons de rentrer en contact avec les responsables des différentes écoles soutenues, mais la communication est très difficile. Nous savons seulement qu'une partie des tôles du toit de la direction de l'école de Cap Rouge a été emportée. L'équipe est mobilisée pour contacter les familles et pour que nous dressions un bilan de la situation des écoles afin de prendre les dispositions nécessaires dans le cadre de la réouverture de classes. »
Dès que nous aurons des nouvelles des enfants, nous vous les communiquerons.
Sachez que des messages de soutien peuvent apporter, à leur mesure, beaucoup de réconfort. Nous les transmettrons à nos partenaires quand les conditions le permettront.